La Place du Tunnel : les thématiques soulevées par les enfants et les jeunes

Cet article rassemble les éléments marquants récurrents qui ont émergé au cours des ateliers et balades avec les enfants et les jeunes pour le secteur de la place du Tunnel. Ils sont structurés par “thématiques” pour donner un aperçu de leur représentation actuelle dans l’imaginaire du jeune public.




Un triangle, une île


La place du Tunnel est difficilement définissable pour les enfants et les jeunes tant son caractère routier est omniprésent. La dimension des routes et leurs tracés dessinent un triangle central que l’on retrouve dans les cartes mentales. Ce triangle est comme une île isolée et perdue au milieu d’un vide beaucoup plus grand délimité par les façades des bâtiments. Pour accéder à cette île, il existe un seul “pont” situé du côté sud. Ce triangle existe de manière indépendante, détachée du reste de l’espace public et notamment de la partie sud-est de la place qui accueille un parking payant.


Les rez-de-chaussées des bâtiments accueillent des commerces, des restaurants et des cafés qui ne peuvent pourtant pas s’étendre à l’extérieur sur les trottoirs. Il y a donc un détachement entre l’activité et l’animation de l’espace public. Leur présence est néanmoins très valorisée par les enfants et les jeunes.




Traversées


Dans un contexte où les voitures dominent, les enfants et les jeunes peinent à trouver leur place. La place du Tunnel se résume à une série de passages piétons ponctués de feux tricolores et de temps d'attente conséquents. Ces passages piétons jaunes et les feux tricolores ponctuent le gris de la route et tracent clairement leur parcours au travers de ces espaces.


Malgré cet aspect routier, de nombreux parents laissent leurs enfants traverser seuls depuis le bout de la rue du Tunnel jusqu’aux escaliers du collège de la Barre. Absorbée par les enjeux de sécurité, leur attention est donc aujourd'hui relativement captive.


Les traversées successives canalisent les déplacements possibles et contraignent les passants à respecter un parcours très précis et très peu naturel. Il est clair pour les enfants que ces éléments appartiennent au langage routier et ne font pas partie des espaces appropriables malgré leur utilité pour traverser la chaussée.




Le kiosque à journaux, un point de repère


Le kiosque à journaux de la place du Tunnel ponctue d’une autre façon les parcours des enfants les plus jeunes. Il constitue une destination intermédiaire qui permet de séquencer les parcours et ainsi de mieux se l’approprier. L’importance du kiosque est peut être liée à la carence de l'offre dans le reste de l'espace, à l’abandon de l’ancien arrêt de tramway, et au fait qu'il y a peu ou pas d’autres lieux sûrs où les enfants pourraient relâcher leur attention et partir dans l'imaginaire. Néanmoins ce kiosque, quand il est ouvert, est aujourd’hui perçu comme un jalon familier dans un parcours du combattant.


Avec le déplacement du terminus de bus n°62 à Croisette, ce kiosque est aujourd’hui souvent fermé par manque de clients. Les jeunes et les enfants sont sensibles à cette évolution et la déplorent. En effet, le kiosque ouvert anime l’espace public et attire des personnes alors que lorsqu’il est fermé c’est un lieu qui semble délaissé et qui peut effrayer.




Un parking ou rien du tout


Contrairement à la place de la Riponne, le parking sur la place du Tunnel est resté à ciel ouvert. Il empiète sur tout l’espace public, ne laissant pas d’autres possibilités d’usage. Cette particularité explique le fait, que lorsque la place n’accueille pas d'événement spécifique, la place du Tunnel n’existe pas dans l’imaginaire des enfants, ni en tant qu’espace public appropriable pour les jeunes.

Les arbres majeurs qui l'entourent sont néanmoins remarqués et très appréciés par les jeunes.




Des usages détournés pendant l'été


L’image de la place du Tunnel peut changer dès que Tunnel Rêve de Vert investit l’espace ou que la place accueille des évènement du festival de la Cité.


Le premier occupe la place de manière récurrente de début juillet à la rentrée scolaire depuis 10 ans, et la transforme en parc de quartier. Ce grand terrain d’aventure, développé par la Fondation pour l’Animation Socioculturelle Lausannoise (FASL) et soutenu par la Ville de Lausanne, remplace le goudron par des copeaux et le parking par un espace de verdure et de rencontre, avec divers ateliers, jeux et cuisines.


Dans le cadre de ces événements, les enfants autant que les jeunes valorisent le fait que la place du Tunnel devienne, plus qu’une place de jeux, un lieu de rassemblement pour les familles du périmètre mais aussi pour un public plus large venant de toute la ville. Ils s’interrogent sur la possibilité de pérenniser les installations de Tunnel Rêve de Vert ou de décliner ce genre d'occupation sur d'autres saisons que l'été.




Les tunnels, un passage évité


Le Tunnel est en réalité composé de deux tunnels : un pour les voitures et un autre pour les piétons. Les jeunes et les enfants rencontrés ne font pas eux-mêmes de vélo mais les plus jeunes montent sur les vélos de leurs parents et s’interrogent sur le peu de place accordée aux vélos.


Le Tunnel est évidemment le symbole de la place du Tunnel. Ses affiches et ses vitrines pourraient être support de jeux mais l’ensemble ne convainc ni les enfants ni les adolescents qui ne le traversent que par obligation.

Son élévation relativement majestueuse n'est que peu mise en valeur ou mise en scène, ce malgré le rôle urbain important qu’il endosse. Cet aspect a été relevé par les jeunes le soir, où seul un lampadaire central suspendu l'éclaire, au même titre que le reste de la rue.




Le Collège de La Barre


Le Collège de La Barre se trouve derrière la rangée de bâtiment qui longe la place mais sa présence sur la place est évidente. Tout d’abord par sa fonction car de nombreux enfants s’y rendent quotidiennement, et ensuite grâce à sa sonnerie qui, malgré le fond sonore routier, rythme les journées.


En tant que destination quotidienne pour les enfants, sa position définit de nombreux flux de la place et des abords (traversées depuis le sud, importance du chemin des écoliers, des escaliers de la Barre…).




Belvédères et points culminants


Depuis les escaliers de la Barre et la terrasse au dessus du Tunnel les enfants ont une vue d’ensemble de la place du Tunnel. Ces situations en promontoire sont recherchées par les enfants dont la vision est souvent obstruée par des éléments que les adultes ne perçoivent pas tels que les arrêts de bus, les containers ou poubelles, etc. Le toit de l’aire de jeux L’Akabane ou la grande roue du parc aventure sont aussi dessinées pour ces mêmes raisons.


La topographie est ainsi utilisée comme moyen de prise de recul et de compréhension du contexte. Ainsi les espaces publics offrant des points de vue pourraient attirer davantage d’enfants et de jeunes s’ils étaient valorisés.




Présence de la végétation


“Il n’y a pas d’arbres sur la place du Tunnel”. Cette remarque de la part d’un élève du Collège de la Barre ne surprend pas car les platanes présents sur la place ne sont pas à échelle humaine et bien que leur ombre soit appréciable en été, les arbres sont déconnectés d’un usage particulier ou en tout cas ne sont pas associés à des usages de séjour dans l'espace public.


Les jeunes sont, eux, très sensibles aux possibles évolutions de la place du Tunnel qui, contrairement à la place de la Riponne, et malgré l’omniprésence du bitume, est en pleine terre et pourrait donc accueillir plus de végétation. La végétation offrirait deux qualités : elle permettrait de lutter contre les effets d’îlots de chaleur, connus pour se développer en ville et permettrait d'égayer la place et d’attirer plus de monde.




Le coteau boisé, un lien entre la rue de la Borde, la place du Nord ou le Vallon


Bien que la rue de la Borde débouche sur la place du Tunnel, leur relation est ambigüe et elles restent largement déconnectées l’une de l’autre car reliées uniquement par de fins trottoirs qui longent les façades.


De nombreux élèves du Collège de la Barre habitent rue de la Borde et entretiennent plus de relation avec les placettes qui jouxtent la rue de la Borde que la place du Tunnel. Pour ces derniers, la place du Tunnel fait partie du quartier par obligation, elle se trouve sur le chemin entre chez eux et le collège ou entre la Permanence Jeunes Borde et l’aire de jeux de la place du Nord, l’APEMS Primaflora ou le centre de la FASL au Vallon.


Mais les enfants et les adultes qui les encadrent préfèrent emprunter, malgré la topographie, le chemin des Ecoliers plutôt que de traverser la place du Tunnel. Ce coteau boisé qui surplombe la place du Tunnel est souvent désigné comme “la forêt”. Ce caractère forestier, qui rappelle la présence non loin du Bois de Sauvabelin, constitue également un atout non négligeable pour attirer les enfants.