Interact: De Babylone à la Riponne - les terrasses suspendues

Mis à jour : 27 mai 2019

Quelle(s) vision(s) pour le secteur Riponne Tunnel ? Perspectives de projet urbain des étudiants de deuxième année de la Maîtrise en Géographie, spécialisation Urbanisme Durable et Aménagement des Territoires (UDAT) de l’Institut de géographie et durabilité de l’UNIL.


Aujourd’hui, le secteur Riponne-Tunnel est sans doute le plus controversé de Lausanne. En pleine crise identitaire, ces espaces ont été délaissés par les citoyens pour de multiples raisons. Malgré quelques événements ponctuels et diverses activités nocturnes, présence de marginaux, sentiment d’insécurité, insalubrité et ruptures spatiales font de ces places des lieux qui semblent sans vie, déshumanisés.


Dans un souci de cohérence, il est important de prendre du recul et de réfléchir de manière holistique sur ce qui fait Lausanne afin que le projet s’intègre à son contexte. Bien qu’une identité soit multiple et plurielle, un des éléments caractéristiques de Lausanne est sa topographie. En effet, la capitale vaudoise est faite de pentes et de niveaux. À l’image de la ville, les places de la Riponne et du Tunnel sont entourées de terrasses, réparties à différentes altitudes, au potentiel sous-estimé.

"Lorsqu'on rêve tout seul, ce n'est qu'un rêve alors que, lorsqu'on rêve à plusieurs, c'est déjà une réalité. L'utopie partagée, c'est le ressort de l'histoire"

Hélder Câmara


De Thomas More en passant par Martin Luther King jusqu’à aujourd’hui, les rêves et les utopies sont les moteurs de la cohésion et du progrès auxquelles chaque société aspire. Souvent qualifiée d’utopie par ses détracteurs, l’écologie est devenue un impératif incontournable de ce 21ème siècle. Il est désormais urgent de faire en sorte qu’une société durable ne soit plus un rêve mais devienne une réalité. Heureusement, il est possible de transformer cette contrainte en opportunité en mobilisant la société autour de cet enjeu. De même, les jardins suspendus de Babylone, septième merveille du monde antique, ont participé à ces utopies et inspirés écrivains, poètes et architectes depuis des millénaires. L’imaginaire onirique qui découle de cet édifice antique se couple parfaitement avec la relation dialectique de verticalité entre les jardins de l’imposant Palais de Rumine, les balcons du bâtiment de l’administration cantonale et les diverses terrasses entourant le secteur Riponne-Tunnel.


S’appuyant à la fois sur l’imaginaire babylonien et sur l’impératif d’un développement durable, le projet Verticale affirme le concept de terrasses suspendues afin de créer une cohésion, une identité en développant un secteur emblématique et attractif au cœur de la ville de Lausanne.

Plusieurs éléments conditionnent le projet :

  • Le principe de modération du trafic individuel motorisé prend une importance croissante dans les politiques urbaines. En se basant sur une analyse de la mobilité dans le périmètre de réflexion projet, une stratégie de report modal au profit de mobilités alternatives à la voiture est apparue comme envisageable. De plus, le piéton est confronté à de nombreuses ruptures spatiales. Face à ces constats, la finalité est d’aboutir à un socle piéton unique et perméable, servant de colonne vertébrale sur laquelle se greffe l’ensemble du projet.

  • De manière à comprendre le rôle que peut jouer le secteur Riponne-Tunnel dans le réseau des espaces publics lausannois, une analyse de ces derniers ainsi que des polarités à l’échelle de l’agglomération a été menée. Il en ressort un manque de visibilité pour le centre lausannois : les vitrines de la ville (EPFL, UNIL, EHL, Musée Olympique...) se trouvent essentiellement en périphérie de celle-ci. Il s’agit alors d’implanter un attracteur fort au centre-ville qui s’intègre de manière cohérente au reste des espaces publics lausannois.

  • Le dernier élément structurant de notre projet est celui de l’accroche verte présente au Nord du périmètre d’intervention ainsi que l’existence du sentier “Lausanne, ville et nature” reliant le Chalet-à-Gobet à la place du Tunnel. Le but est de mettre en valeur ce lien direct entre le centre-ville et les espaces forestiers à proximité immédiate. Le secteur de projet devient alors une porte d’entrée de la nature en ville.


Spatialement, le projet Verticale se concrétise notamment par l’implantation d’un pôle de réflexion interdisciplinaire sur la durabilité, dont les locaux prendront place dans le bâtiment de l’administration cantonale. Ensuite, le cœur des deux places sera libéré afin de créer un espace complètement réversible pouvant accueillir divers évènements au fil de l’année, mais également d’offrir des espaces résilients capable d’évoluer avec les mutations urbaines futures. Si la place de la Riponne se destine à un rayonnement à l’échelle de l’agglomération, voire métropolitaine, la place du Tunnel aura un rayonnement plus local en tant que place de quartier. Tout au long de la métamorphose du secteur, diverses démarches citoyennes et expérimentations urbaines permettront aux habitants de s’approprier le lieu et ainsi co-construire le projet.

Enfin, l’aménagement des terrasses sera quant à lui inscrit dans la charte des espaces publics lausannois afin de garantir la cohérence spatio-temporelle du projet permettant ainsi la création d’un véritable réseau à l’échelle de la ville entière.




Elie Andlauer, Kerria Grize, Valentin Rossel, Vladimir Salina